CONTEXTE POLITIQUE DU PEROU

Depuis 2017, le Pérou vit une période d’instabilité politique et institutionnelle chronique, marquée par de
multiples scandales de corruption et par une confrontation constante entre le pouvoir exécutif et le
Congrès. Cette crise de gouvernance a conduit à une succession rapide de dirigeants : quatre présidents
et deux Congrès entre 2016 et 2021.


L’élection de Pedro Castillo en 2021, candidat de gauche radicale, a marqué un tournant dans cette
instabilité. Élu de justesse face à Keiko Fujimori dans un climat de forte polarisation, Castillo s’est
rapidement retrouvé isolé face à un Parlement dominé par la droite. Son mandat a été miné par les
conflits politiques, l’absence de majorité et plus de quatre-vingts remaniements ministériels. Accusé de
corruption et de trafic d’influence, il a tenté, le 7 décembre 2022, de dissoudre le Congrès et d’instaurer
un état d’exception. Ce geste, considéré comme un « auto-coup d’État », a entraîné sa destitution
immédiate et son arrestation. Conformément à la Constitution, sa vice-présidente, Dina Boluarte, a été
investie à la tête de l’État.

Son accession au pouvoir a provoqué une violente vague de manifestations, particulièrement dans les
régions rurales du sud, où Castillo bénéficiait d’un large soutien populaire. La répression policière a été
sévère : plusieurs dizaines de morts, de nombreux blessés et des accusations répétées de violations des
droits humains. Malgré l’essoufflement des mobilisations, la colère reste vive. Les manifestants
réclament toujours la démission de Boluarte, des élections anticipées et la formation d’une Assemblée
constituante. Le pouvoir, lui, mise sur l’usure du mouvement, tandis que la présidente demeure
extrêmement impopulaire, avec un taux d’approbation proche de 2 %.


Dina Boluarte, dépourvue de parti et de véritable base politique, gouverne grâce au soutien d’une
coalition de droite qui détient la majorité au Parlement. Son gouvernement souffre d’un manque de
cohérence et de résultats tangibles, notamment dans la lutte contre la criminalité organisée. En mars
2024, le Premier ministre Gustavo Adrianzén, son proche allié, a présenté sa démission dans un
contexte de nouvelles manifestations et de remaniements ministériels successifs.

Cette crise institutionnelle s’inscrit dans un climat plus large de discrédit politique. Deux anciens
présidents sont emprisonnés pour corruption, un autre s’est suicidé face aux accusations, et la
procureure générale a été suspendue pour trafic d’influence. Le Parlement, fragmenté et sans légitimité,
refuse toute perspective d’élections anticipées. Pour de nombreux observateurs, la scène politique
péruvienne fonctionne désormais comme un « jeu de massacre », où les accusations de corruption
servent d’armes dans des luttes de pouvoir personnelles, déconnectées des aspirations de la population.


Ainsi, à l’approche des élections prévues pour 2026, le Pérou reste plongé dans une crise politique et
sociale profonde, où la méfiance envers les institutions, la corruption endémique et les inégalités
structurelles alimentent un sentiment généralisé de rejet du pouvoir.